Réduisons la facture des prochaines crises
L’urgence climatique est là, et bien là. Pour beaucoup, les conséquences du dérèglement climatique semblaient lointaines et l’été 2022 restera, peut-être, dans les mémoires comme l’été de la fin de l’insouciance. Fin de l’insouciance des conséquences du dérèglement climatique et des coûts qui vont avec : les syndicats des éleveurs demandent déjà 2 à 4 milliards d’euros pour compenser leurs pertes. Fin de l’insouciance, aussi, sur notre dépendance aux énergies fossiles importées. Nous n’étions pas prêts et ne sommes toujours pas prêts à subir les conséquences de la guerre en Ukraine. Nous gérons l’urgence en dépensant des dizaines de milliards d’euros d’argent public.
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Nous avons besoin de réponses structurelles pour préparer les prochaines crises, car elles ne manqueront pas d’arriver. Adaptation de nos forêts, de nos bâtiments et de nos infrastructures à un climat qui change, rénovation efficace des bâtiments pour économiser toujours plus d’énergie, bornes de recharge pour les véhicules alternatifs… Autant de chantiers structurels qu’il faut relancer de toute urgence, et auxquels la future loi de programmation énergie climat devra s’atteler.
Ces transformations vont nécessiter de nouveaux investissements, de la part de tous et en particulier de l’Etat, des collectivités locales et des institutions financières publiques. Le président américain Biden a promulgué un plan de 370 milliards de dollars d’investissements en faveur du climat, et le Chancelier allemand Scholz a prévu d’y consacrer 200 milliards d’euros d’ici 2026. La France est-elle prête à prendre de tels engagements ? Pour l’instant, quelques annonces ont été faites comme la création d’un Fonds de 1,5 milliards d’euros pour aider les collectivités. Nous aurons d’autres éléments de réponse lors du débat budgétaire de l’automne, au cours duquel la France présentera sa trajectoire budgétaire sur le quinquennat dans le cadre de la loi de programmation des finances publiques.
Pour aider l’Etat et toutes les parties prenantes à construire leur trajectoire budgétaire pour le climat, I4CE a continué ces douze derniers mois à chiffrer les investissements nécessaires et à émettre des propositions pour financer la transition. Vous les retrouverez dans notre rapport annuel 2022, qui retrace les principaux impacts d’I4CE depuis un an sur tous les grands thèmes couverts par l’Institut, et que je vous invite à relire pour mieux nous connaitre et connaitre les agendas politiques de la rentrée à suivre.
Bonne découverte de nos activités !
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Édito de Jean Pisani-Ferry, président d'I4CE
Repousser les frontières de l’expertise
Le nouveau rapport d’activité d’I4CE illustre une nouvelle fois que l’Institut a su trouver sa place et sa valeur ajoutée en tant que producteur d’expertise sur le climat. Ses données et ses analyses contribuent toujours plus à l’élaboration des politiques publiques et à la qualité du débat public. Toute l’équipe de l’Institut peut être fière de son travail. Cette réussite suscite cependant des attentes, et elle nous oblige.
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Pendant un an, I4CE a rencontré les équipes des principaux candidats et les a conviées à des ateliers pour les aider à préparer leur programme pour le climat. Nous les avons alertées sur la nécessité d’anticiper les financements publics dont elles auront besoin pour accompagner les français, et leur avons demandé de dévoiler « leur budget pour le climat ». Beaucoup d’entre elles ont fait l’exercice comme en témoigne notre site dédié à l’élection présidentielle et notre décryptage des programmes.
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L’analyse par I4CE des programmes des candidats à l’élection présidentielle a fait émerger des consensus entre la majorité des partis politiques. C’est une bonne nouvelle étant donné la nouvelle configuration politique suite aux élections législatives. Consensus sur les grands objectifs climatiques de la France, sur la nécessité de programmer dans la durée les investissements pour le climat, de mieux aider les plus modestes dans la transition. Consensus aussi sur l’importance d’adapter la France aux impacts du changement climatique, de mieux associer les collectivités locales à la transition ou encore d’être plus transparent sur l’utilisation des recettes de la fiscalité énergétique.
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L’objectif européen de neutralité carbone vise à équilibrer les émissions de gaz à effet de serre et leurs absorptions par les « puits de carbone ». Il donne ainsi un rôle décisif à l’agriculture et à la forêt, à même de capter le carbone de l’atmosphère et de le stocker dans les sols et la biomasse. Mais comment inciter les agriculteurs et les forestiers à adopter des pratiques qui stockent plus de carbone, à l’image de l’agroforesterie ? En les rémunérant pour ce carbone stocké. C’est ce que prévoit la Commission européenne.
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Pour devenir neutre en carbone, la France va devoir augmenter fortement le stockage de carbone dans les sols et la biomasse de ses forêts. Un objectif qui rentre en tension avec un autre objectif : récolter toujours plus de bois pour alimenter la bioéconomie. La France compte concilier les deux en suivant un scénario exposé dans sa Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC). Grâce notamment aux travaux d’I4CE, les experts s’accordent désormais sur le fait que les hypothèses de la SNBC vont devoir être révisées. Un seul exemple : le stock de carbone dans les charpentes en bois, les isolants à base de bois et plus généralement dans tous les produits « à longue durée de vie », est censé être multiplié par 10 !
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A travers la Politique Agricole Commune ou encore la restauration collective, les pouvoirs publics dépensent chaque année plus de 25 milliards d’euros pour financer notre système agricole et alimentaire. C’est le type d’informations qu’I4CE a rendues publiques pour vous aider à mieux comprendre comment ce système se finance : les différentes aides publiques, le rôle des banques et les achats des consommateurs. Problème : ces financements ne sont pas orientés vers la transformation de notre alimentation. Ils ont tendance à préserver le statu quo.
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I4CE a continué ces derniers mois à évaluer l’efficacité des politiques publiques, à commencer par les subventions et prêts accordés aux ménages pour les aider à rénover énergétiquement leurs logements. Permettent-ils aux français de faire des rénovations de qualité, qui conduisent à des baisses drastiques de leur consommation d’énergie ? Non, malheureusement. Le gouvernement entend favoriser de telles rénovations, mais notre évaluation montre que trop de ménages, les plus modestes surtout, ne sont pas capables de supporter le reste à charge de travaux d’une telle ampleur. Nous avons aussi évalué le bonus-malus sur l’acquisition de véhicules, et avons conclu que son barème n’est pas cohérent avec les objectifs de décarbonation du secteur. Ce sont deux exemples, parmi d’autres, qui montrent qu’il est nécessaire de mieux évaluer les politiques publiques (...)
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I4CE a développé et contribué au développement d’outils comme le « Panorama des financements climat » ou le « Budget Vert » afin d’aider l’Etat et les collectivités locales à planifier le financement de la transition. Ces outils donnent à voir comment elle est financée aujourd’hui et aident à débattre de son financement demain, sur la base d’un constat et de chiffres partagés. Parce ce que ces outils ont fait la preuve de leur utilité en France, I4CE participe à leur diffusion internationale et aide des acteurs d’autres pays à les adapter à leur contexte national, tout en s’enrichissant en retour de leurs expériences.
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Après avoir longtemps été le parent pauvre de l’action contre le dérèglement climatique, l’adaptation devient enfin un sujet pour les décideurs publics. Confrontés aux couteuses conséquences des vagues de chaleur ou encore des périodes de sécheresses, ils sont obligés d’agir. Les candidats à l’élection présidentielle sont d’ailleurs nombreux à avoir fait des propositions – insuffisantes certes – pour adapter la France. Et il faut espérer que la coordination par la Première Ministre de la « planification écologique » facilitera la prise en main de l’adaptation par tous les Ministères concernées. Ils sont nombreux.
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Dans le nouveau gouvernement français, le Ministère français de l’écologie a été scindé en deux, avec la création d’un Ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Ce nouveau Ministère incarne une volonté politique qui a fait l’objet d’un consensus pendant l’élection présidentielle : territorialiser la transition, impliquer d’avantage les collectivités locales. Elles sont déjà en première ligne pour investir dans les transports en commun, les infrastructures de recharge pour les véhicules électriques ou hydrogène ou encore dans la rénovation des bâtiments publics. Et elles vont devoir continuer à investir, et même encore plus, pour accompagner concrètement les ménages et les entreprises locales. Mais en auront-elles les moyens ?
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Les superviseurs bancaires et les autres régulateurs de la finance ont commencé à se soucier du changement climatique quand ils ont compris que le climat fait peser des risques sur la stabilité financière. Que ce soient des risques dus aux impacts du dérèglement climatique ou d’autres liés à une décarbonation de l’économie. Ils ont alors incité les institutions financières à prendre en compte ces « risques climatiques » dans leurs processus traditionnels de gestion des risques. Plus facile à dire qu’à faire : l’analyse de ces risques demeure partielle et peu opérationnelle pour faire évoluer les portefeuilles comme l’ont montré les travaux d’I4CE, et les améliorations à apporter sont encore très nombreuses.
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Après s’être engagées à « s’aligner avec l’Accord de Paris », les banques publiques de développement ont inventé de nouvelles pratiques, de nouveaux indicateurs et ont tenté de les diffuser dans leurs organisations respectives. Le défi de l’alignement n’est pas encore relevé, et pourtant de nouveaux défis sont déjà apparus. Elles doivent par exemple garantir que toutes les infrastructures qu’elles financent sont adaptées à un climat qui change déjà, et plus généralement renforcer leur action en faveur de l’adaptation. Et quelques soient les pays dans lesquels elles interviennent, si elles veulent être efficaces, elles vont devoir aider les Etats à prioriser les investissements dont ils ont besoin et à se doter de « stratégies climat de long terme ».
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