Israël/Palestine: l’AJAR condamne le racisme dans les rédactions
À l'attention des rédactions françaises,
Depuis les massacres du Hamas le 7 octobre, suivi du pilonnage ininterrompu d’Israël sur la bande de Gaza assiégée, la guerre israélo-palestinienne occupe une place prépondérante dans la couverture française de l’actualité. L’AJAR constate que celle-ci est déséquilibrée dans de nombreux médias français, notamment par sa tendance à l’invisibilisation et à la déshumanisation des Palestinien·nes. Nous publierons prochainement un décryptage à ce sujet.
Le racisme qui infuse les productions médiatiques se manifeste aussi contre certain·es journalistes racisé·es. L’AJAR condamne fermement le racisme qui s’exprime en rédaction, et se tient à disposition des personnes visées cherchant du soutien ou souhaitant engager des poursuites. L’AJAR rappelle aux employeurs qu’ils ont l’obligation de protéger leurs salarié·es des propos et comportements racistes.
Notre association, regroupant près de 200 journalistes, est au fait de situations préoccupantes vécues par des confrères et consoeurs depuis plus de trois semaines. Nos membres font état de conditions de travail fortement dégradées.
Dans leurs rédactions, on considère que l’attachement, réel ou supposé, de journalistes au respect des droits du peuple palestinien, les biaise, et les empêche de faire leur travail correctement, d’autant plus si ces journalistes sont arabes ou musulman·es. Certain·es nous rapportent des remarques racistes, d’autres des blagues, ou des accusations à peine déguisées évoquant une sympathie supposée avec le Hamas. Cette suspicion d’affinités terroristes est un ressort islamophobe classique contre les personnes arabes ou musulmanes. Nous sommes aussi au fait d’un cas de fouille au faciès, jamais expérimentée précédemment, à l'entrée d'une grande rédaction télé.
Nos membres témoignent également de mises à l'écart et d'un manque de confiance professionnelle de la part de leur hiérarchie, qui ignore leurs propositions d'angles et contrôle leur production de manière inédite. Tout cela, sans susciter de réactions de la part des collègues ou des chef·fes présent·es.
Les journalistes juif·ves, ou considéré·es comme tels, peuvent eux aussi être la cible d’antisémitisme et considéré·es comme soutenant les choix politiques actuels de l’État israélien, ou comme spécialistes de facto de la société israélienne. Cette essentialisation et assimilation des Juif·ves à l’État ou à la société israélienne est antisémite.
Ces attaques sont intolérables et pèsent sur la santé mentale de ces journalistes racisé·es : elles causent un mal-être grandissant chez nombre d’entre nous et entraînent des risques psychosociaux au travail. Nous exigeons que les rédactions mettent fin à ces comportements racistes envers leurs employé·es arabes, musulman·es ou juif·ves.
Ressentir de l’empathie envers des victimes civiles ne constitue pas une faute professionnelle. Être raciste, si.
L’AJAR tient à rappeler avec la plus grande fermeté que :
Nous sommes à la disposition des personnes souhaitant engager des poursuites. Comme prévu depuis notre création, l’AJAR travaille avec les syndicats de la profession, rapproche les personnes concernées de ressources légales, et aide à engager les procédures nécessaires afin que cesse le racisme qu’elles subissent en rédaction. L’AJAR accompagne aussi celles et ceux pour qui ces poursuites seraient trop lourdes, mais qui cherchent simplement du soutien. L’AJAR réaffirme sa solidarité avec tou·te·s les consoeurs et confrères, notamment arabes, musulman·es et juif·ves, dont la santé mentale doit être protégée dans le contexte d’une actualité violente.
Vous pouvez contacter l’association sur nos réseaux sociaux, de préférence sur Twitter (X), ou Instagram, sinon sur Facebook, LinkedIn ou par mail à ajaracisees@gmail.com.